DIXIÈME CHAPITRE

 

DANS

 

LA

 

MARINE NATIONALE

 

 

 

Maintenant, il fallait reprendre une vie normale et pour lui ce n'était pas facile : il n'avait plus envie de retourner sur les bancs du lycée pour passer sa deuxième partie de baccalauréat ; il n'avait aucune expérience professionnelle, sinon briquer un fusil, faire des tours de garde, préparer un explosif ou décoder un message radio. Son brevet élémentaire aurait pu lui permettre de concourir pour entrer dans une administration, ou même devenir maître d'école. Mais, après cette aventure qui avait duré quelques mois, il avait acquis une maturité certaine, le goût du risque, l'absence de peur devant la mort, la confiance en lui et surtout une expérience de la vie qui lui fut très utile par la suite. Bien qu’ayant une bonne instruction il n'avait aucune connaissance professionnelle suffisante lui permettant de trouver rapidement un travail sérieux.

 

Son grand-père paternel lui avait tellement vanté les possibilités d'apprentissage offertes par la Marine Nationale qu'il s'engagea. Après un cours séjour dans un centre de formation maritime, il suivi un stage de fourrier à Cherbourg, puis fus affecté sur un navire chargé de la surveillance des bancs de pêche de Terre Neuve. A Cherbourg, il avait appris beaucoup de choses qui lui furent très utiles par la suite. Entre autre se servir d'une machine à écrire en utilisant ses dix doigts. Mais après quelques jours en mer il dut adopter très vite la technique permettant de taper un texte quand la mer est mauvaise, car en Atlantique nord elle l'est souvent. Tangage et roulis l'incitèrent à n'utiliser que deux doigts. En effet, si la lourde machine était était bien fixée sur le bureau, son chariot, de même que le siège sur lequel François était assis, avaient une tendance à appliquer la loi de la gravité. Le navire penchait vers bâbord, le chariot suivait le mouvement, puis le navire se redressait pour se pencher sur tribord, là le chariot, bloqué par un cliquet restait en mauvaise position. Le roulis n'avait aucune influence néfaste sur la machine, mais pas contre son siège s’obstinait à suivre tous les mouvements et allait de gauche à droite, de droite à gauche, d'avant en arrière et d'arrière en avant. N'ayant que deux mains pour contrôler la situation il réussissait à taper son texte en utilisant qu'au mieux deux doigts, au pire un seul, selon l'intensité des balancements. C'est ainsi qu'il se déshabitua à utiliser ses dix doigts et continua ainsi par la suite. Ce qui ne l’empêchait pas d'écrire un texte presque aussi rapide-ment qu'une bonne dactylographe.

 

Heureusement, il n’avait pas que cette seule activité de comptable et de secrétaire. Entre postes de combat lors de contrôle de navires et d'exercices, postes de manœuvre lors d'appareillage ou d'amarrage, corvées de réceptions et entreposages de vivres, d’habillements et autres marchandises nécessaires à la vie à à bord il y avait de quoi s’occuper. Ce travail lui plaisait tant qu'il passa les examens permettant de monter en grade.

 

Trois ans après son engagement il quitta sa tenue de quartier maître pour enfiler celle de second-maître. L'avantage était important : solde augmentée, plus de responsabilités, mais, car il y avait un mais, il était devenu trop gradé pour rester à bord du navire sur lequel il était affecté et il n'y avait, pour l'instant, aucun poste embarqué à pourvoir . En conséquence il dut être affecté ailleurs et opta pour un poste en outre-mer. Il se retrouva donc à la Réunion, dans un bureau de la base navale de la Pointe des Galets dans la ville du Port.

 

Il pensa retrouver Lili dans cette île merveilleuse. Ce fut sans succès.

 

A la fin de son engagement, comme on ne lui assura pas qu'il pourrait être affecté sur un navire, il préféra réintégrer la vie civile. Il ne se voyait pas continuer à travailler dans un bureau, que se soit en outre-mer, à Toulon, ou à Brest, il avait eu du mal à rester à quai. Être embarqué lui manquait et voir de son lieu de travail la mer sans pouvoir y naviguer le rendait malheureux.

 

 

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