TREIZIÈME CHAPITRE

 

 

 

LE SUCCÈS

 

ET

 

LE MARIAGE

 

 

 

Pendant leur séjour en Indochine ils finirent par constater qu'ils ne pouvaient plus se passer l'un de l'autre, comme lorsqu’ils étaient gamins. Pourtant, ils étaient souvent séparés : quand François était en reportage sur une zone de combat, Liliane n'était pas toujours en mission dans un poste médical dans la même région.

 

Il avait envoyé le manuscrit de son roman à son patron qui le trouva assez valable pour le soumettre à l'un de ses amis éditeur. Ce dernier, agréablement surpris à la lecture de ce récit, proposa un contrat d'édition à François qui, bien sûr, s'empressa de le signer. Cela ne se passa pas rapidement, car entre Paris et Saïgon il y a une bonne distance, et même envoyés par avion, à cette époque, les courriers mettaient du temps à parvenir à leurs destinataires.

 

Enfin, le jour arriva où François eut entre les mains un exemplaire de son premier livre. Puis celui où il eut entre ses mains le premier chèque envoyé par son éditeur. Peu de temps après il demanda si Liliane voulait bien l'épouser. Elle n'attendait que cela. Alors, François fit les choses comme on les faisait en ce temps : il écrivit à ses futurs beaux-parents pour leur demander la main de leur fille et informa ses propres parents. Ils profitèrent d'un court séjour en métropole pour se marier à la mairie et remirent à plus tard leur mariage religieux à Djibouti, dans la famille de Liliane comme il était de bon ton de le faire en ce temps là ! Ne pas passer à l’église, ce n'est pas être mariés.

 

Donc, ils se marièrent, ne furent pas toujours heureux et n'eurent que deux enfants. Car la vie ce n'est pas comme dans les contes de fée où le prince charmant et sa belle coulent des jours heureux et peu-vent se permettre d'avoir une palanquée de mômes dans la mesure où ils ont une domesticité suffisante pour s'en occuper. François n'était pas un prince, mais en tant que correspondant de guerre il gagnait bien sa vie. De plus, son premier ouvrage, ayant été apprécié et par les critiques et surtout par les lecteurs, lui rapporta des droits d'auteur substantiels. En consé-quence, Liliane, une fois son engagement terminé ne rempila pas et devint, en plus de femme au foyer, secrétaire de François qui s'était lancé dans l'écriture de son second récit .

 

Celui-ci fut encore plus apprécié par les critiques et les lecteurs, mais le fut moins par les politiciens, les affairistes et la gente militaire car il décrivait ce qu'il avait tous les jours sous les yeux en Indochine : la corruption, les trafics de tous genres et l'incompétence de l'état-major. Il annonçait que la perte de cette colo-nie serait inéluctable si les politiciens et les hommes d'affaires continuaient à vouloir s'enrichir malhonnê-tement et si les militaires s'obstinaient dans leur stupidité. Il se retrouva rapidement rejeté du beau monde de la société de Saïgon et fut même menacé de mort. Il n'insista pas et retourna en France d'où il assista, peu de temps après, à la défaite de l'armée française et au retour piteux de ceux qui l'avaient rejeté, méprisé et menacé.

 

Comme il avait appris qu'il n'est pas toujours bon de dire la vérité, il se lança dans l'écriture d'un roman de science-fiction. Il était sûr de ne pas se voir menacé par les personnages qu'il avait crées : les habitants d'une planète située à quelques millions d'années lumière de la terre ne liraient certainement pas son livre, et si c'était le cas ils mettraient du temps avant de venir lui faire des reproches ! C'est ce qu'il expliqua, lors d'une interview. Pourtant il eut droit à de nombreuses critiques : c'était un roman à clef, où les personnages et les situations étaient transposés dans un autre univers. Ainsi, par exemple le vieillard dirigeant la fédération des états de la planète était Franco pour les uns, Staline pour les autres ; même le roi d'Angleterre, de Gaulle, Nasser et de nombreux chefs d'états furent cités comme étant ce président rusé, malfaisant.

 

François fut assez dépité par ces réactions. Il avait inventée une histoire qui n'était absolument pas basée sur des faits réels et ne s'était pas attendu à ce que certains aient pu penser que c'était une description critique de notre civilisation. L'avantage de tout cela fut que cet ouvrage battit des records de vente, ce qui était loin de déplaire à son auteur. Par contre il se promit de ne plus écrire de de science-fiction.

 

Ses succès littéraires et les revenus qui en découlaient ne l'avaient pas détourné de son premier métier, le journalisme. Il fut donc amené à partir en Algérie comme correspondant de son journal où un nouveau conflit débutait. François écrivit, toujours sous forme de roman, un constat plutôt positif sur ce qu'il voyait en Algérie. Enfin les autorités militaires avaient compris comment mener les combats contre les rebelles ; enfin, les autorités civiles avaient compris comment traiter et respecter la population autochtone, surtout après le départ de certains riches colons qui s'étaient empressés de quitter le pays, comme des rats quittant le navire, et n'étaient donc plus là pour exploiter la population indigène. L'Algérie devenait, enfin, ce qu'elle aurait dû être depuis sa conquête, une terre française, telle l'Auvergne ou la Bretagne où liberté, égalité et fraternité ne sont pas que des mots destinés uniquement à une petite partie de la société.

 

François et Liliane envisageaient de s'installer définitivement dans ce pays qu'ils aimaient. Ils avaient même prévu d'y acheter ou d'y faire construire une maison. Leurs moyens leurs permettaient, car un producteur de cinéma américain avaient acheté les droits du roman de science-fiction de François. Le film eut un succès mondial. François, ayant eu l'intelligence d'investir une partie de ses droits d'auteur dans le financement de la production, perçoit toujours et régulièrement des droits sur ce film qui continue à être diffusé dans le monde sous toutes les formes possibles : projections, passages à la télé-vision, cassettes et DVD, sans compter les produits dérivés tels que séries télévisées, bandes dessinées, figurines des personnages, etc. Seulement, la vie n'est pas un conte de fée, et le même général qui avait servi la France libre estima qu'il était préférable de céder à l'opinion internationale, d'anéantir les efforts mil-itaires et civils investis et de trahir son pays en bradant l'Algérie. C'est avec tristesse que François et sa petite famille quittèrent ce beau pays.

 

De retour en métropole ils assistèrent, dégoûtés, à tout ce qui suivi et qu'ils estimaient être un manque de loyauté et d'honnêteté de la part du gouvernement : l'obligation pour les Pieds-noirs de fuir un pays dont ils avaient fait la richesse ; l'abandon des Harkis – dont beaucoup furent massacrés - qui avaient cru en ce fameux général. Et plus grave, l'arrivée au pouvoir, à la tête de ce nouvel état, de gens qui, comme certains anciens colons, étaient plus porté à s'enrichir qu'à enrichir le pays.

 

François quitta le journalisme et continua son activité littéraire. Il eut toujours autant de succès qu'à ses début, de sorte que François et Liliane n'avaient plus de crainte concernant leur avenir financier.

 

 

 

 

 

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