VINGTIÈME CHAPITRE

 

FIN DU CONTE

 

  D'abord les réseaux sociaux, puis les radios, les chaînes de télévision et enfin les journaux, après le bref communiqué du docteur, informèrent le public que monsieur Kerwannec était à la dernière extrémité. Un journaliste se rendit même à Champy et interrogea le curé de la paroisse pour savoir si monsieur Kerwannec avait déjà reçu l’extrême onction. Le brave curé, ami de l'écrivain lui répondit que monsieur Kerwannec, bien que baptisé, était très loin d'être un pratiquant assidu. Il préférait s'efforcer de pratiquer les dix commandements plutôt que perdre son temps à la messe. Ce que regrettait l'abbé, mais il précisa que François et lui se voyaient souvent, discutaient et se disputaient quelquefois sur des questions religieuses ou politiques, tout en restant d'excellents amis. Il est vrai que François préférait avoir plus souvent le curé à sa table, l'aider matériellement et financièrement, contribuer largement l'entretien de la vieille église du village plutôt que de participer au denier du culte. Le croyant à l'agonie ses détracteurs ne tentèrent plus de l'occire: inutile de perdre son temps à essayer de supprimer quelqu'un qui est au bord de sa tombe ; les médias l'oublièrent tout en gardant en réserve sa nécrologie.

  Quelques mois après, rassuré par le silence qui régnait à son sujet, François se permit une dernière facétie. Il fit paraître,dans l'édition du premier avril d'un grand journal national, un pamphlet s'adressant à la classe politique. Voici ce dernier texte qu'il tapa, pour la dernière fois, sur sa bonne vieille Japy :

 

  La France va mal, elle va très mal et même de plus en plus mal car elle est dirigée par des gens dont la compétence laisse à désirer

  Je me permets de suggérer deux propositions de modification de la constitution de notre république qui seraient, non seulement rentables, mais permet-traient d’améliorer les finances publiques:

  • la restauration de la monarchie

  • l'introduction du seppuku.

  Je vais commencer par la restauration de la monarchie. Ceci permettrait d'économiser les dépenses occasionnées, tous les cinq ans, par les élections présidentielles. Il ne faut pas oublier que chaque nouveau président refait faire la décoration du palais présidentiel. Il ne faut pas oublier que chaque ancien président se voit attribuer des avantages financiers et matériels dispendieux. Un roi, ou une reine, pourrait servir un bon bout de temps. Quelle économie!

  Mais on peut aller encore plus loin dans les économies. Ces temps-ci on regroupe, on mutualise et même on délocalise par (soit-disant) soucie de rentabilité. En conséquence je propose de mettre à la place du président des Français la reine d’Angleterre qui, à son décès, serait remplacé pas son successeur (plus d’élection, quel gain de temps et d'argent!). Pourquoi le souverain d’Angleterre et pas un prétendant au trône de France? E bien d'abord parce qu'il y trop de prétendants et que ce serait sujet à une bataille de chiffonniers, et surtout parce qu'ils ne sont plus habitués à régner. La famille royale britannique connaît le travail et de plus a dans ses ancêtres Aliénor d'Aquitaine qui fut reine des Francs et d’Angleterre.

  Je ne sais pas si vous êtes d'accord avec moi, mais avouez tout de même que la reine d’Angleterre a plus de panache que notre actuel président.

  Voici un autre moyen de faire des économies et surtout de rentabiliser la politique.

Le seppuku ou hara-kiri

  Le seppuku littéralement «coupure au ventre») ou hara-kiri est une forme rituelle de suicide, apparue au Japon vers le XIIe siècle dans la classe des samouraïs, officiellement interdite en 1868. Il était traditionnellement utilisé en dernier recours, lorsqu'un guerrier estimait immoral un ordre de son maître et refusait de l'exécuter. C'était aussi une façon de se repentir d'un péché impardonnable, commis volontairement ou par accident. Plus près de nous, le seppuku subsiste encore comme une manière exceptionnelle de racheter ses fautes, mais aussi pour se laver d'un échec personnel.

  Parmi ceux qui l'on pratiqué on peut citer:

Korechika Anami (1887/1945) général japonais de la Seconde Guerre mondiale.

Yukio Mishima écrivain japonais (1925/1970).

Isao Inokuma, (1938/2001) judoka japonais. Premier champion olympique de la catégorie poids lourds de judo en 1964.

  Dans quel cas appliquer le seppuku? Prenons un exemple, celui d'un ministre auteur d'une lourde faute qui l'a dés-honoré mais a aussi déshonoré son parti, ses amis et surtout le chef d'état. Il avait affirmé haut et fort qu'il n'avait pas de compte bancaire à l'étranger alors que c'était le cas. Puisque maintenant, en France, la peine de mort a été abolie il n'est pas question de le guillotiner. Mais le suicide n'est pas interdit! Alors suggérons très fortement à ce monsieur de se faire hara-kiri. C'est là que cela devient intéressant. Non seulement notre personnage se rachèterait, mais en plus cela serait rentable pour nos finances publiques.

  Cela aurait lieu dans le Stade de France, un samedi ou un dimanche pour attirer les spectateurs. Aux mêmes tarifs que pour les matchs sportifs. Avec des droits de diffusions pour les chaînes de télévision qui désireraient diffuser cette attraction et y insérer des écrans publicitaires. Voici l'exemple du déroulement :

D'abord un écran publicitaire, suivi de la présentation du motif de ce seppuku.

Arrivée des participants.

Présentation sur un plateau du matériel qui sera utilisé (là, une pub-licité pour une marque de couteaux serait de bon ton).

Puis, prise en main par notre homme du poignard qu'il devra s'enfoncer dans le ventre.

Nouvel écran publicitaire, mais pour des raisons très compréhensibles il faudrait mieux éviter les publicités pour les tripes, la charcuterie et même les tampons périodiques (à moins que les demandeurs soient prêts à payer beaucoup plus cher le temps de diffusion, car il faut toujours penser à la rentabilité!).

Enfin auto éventration, avec gros plans des caméras sur le visage, le ventre, les mains de notre bonhomme.

Écran publicitaire.

  Ce divertissement serait donc très rentable, pourrait même attirer des touristes et surtout inciterait un bonne majorité d'hommes politiques à être beaucoup plus respectueux des lois, plus efficaces et leur faire comprendre qu'ils ne sont pas en place pour s'enrichir, mais pour servir le pays.

  Bien entendu cela déplut autant à la gent politique que cela amusa la population. Il y eu même plusieurs pétitions pour instaurer ce changement dans la constitution. Elle fit un énorme brouhaha (ou plutôt buzz, pour ne pas pas être considéré comme ringard) sur les réseaux sociaux. Il est un fait que les Français, en majorité, auraient préféré avoir comme représentant un personne plus présentable qu'un boutonneux à la cravate de travers. Et surtout quelle économie !

Quant au hara-kiri, pourquoi pas, cela changerait du football? Et surtout quelle rentabilité ! Il n'y eut aucune suite.

 François vécu encore quelques années, pendant lesquelles il profita moins de la vie que quand il était plus jeune, mais en profita tout de même. Il put apprécier la bonne chère pour la simple raison qu'il sentait et goûtait ce qu'il absorbait, sans crainte pour sa santé sachant qu'il avait pratiquement les deux pieds dans la tombe. Au sujet de pieds on disait de lui qu'il avait bon pied bon œil pour un homme de son âge. Ce n'était pas entièrement exact car sa démarche devenait de moins en moins rapide. Et s'il avait gardé une certaine souplesse dans ses mouvements, cette souplesse était accompagnée de craquements d'articulations ou de vertèbres. Par contre, il n'avait plus bon œil comme avant, mais meilleurs yeux suite aux deux opérations de la cataracte qui lui permettaient de lire sans lunettes! Il put aussi apprécier assez souvent la présence de ces enfants et petits enfants, deux du côté de sa fille et huit du côté de son fils. De ce dernier, François aimait à raconter qu'il s'était lancé dans une collection d'ex-épouses. Ainsi la famille était assurée d'assister à un mariage en moyenne tous les quatre ans. Mariages auxquels François n'assistait plus depuis un certain temps, car les voyages le fatiguait. Par contre il eut aussi l’extrême bonheur de porter dans ses bras les sept arrières petits enfants issus de sa progéniture, mais pas tous en même temps!

  Il eut le plaisir d'assister à l'abandon pour un deuxième quinquennat de celui qu'il estimait avoir été le plus stupide des présidents de la République qu'il y eut en France. Mais il ne connut pas son successeur.

  Il aurait aimé, lors de son agonie sur son lit de mort, entouré par les siens, dire un mot d'esprit. Il n'en fut rien. Un matin il oublia de se réveiller. Ce qui lui fut fatal. En fait, constata le médecin, il était mort de sa belle mort pendant son sommeil, sans souffrance, sans s'en rendre compte. A son âge avancé cela était tout à fait normal et prévisible. Il n'eut pas de funérailles nationales. Sa famille observa scrupuleusement ses instructions concernant ses obsèques : une toute simple cérémonie dans le cimetière où il s'en alla rejoindre Liliane pour l'éternité.

 

Fin du conte

 

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