CINQUIÈME CHAPITRE

 

A

 

L'OUVRAGE !

 

 

  Il se mit donc à l'ouvrage, ce qui laisse supposer qu'il commença sur le champ à écrire. En réalité ce ne fut pas aussi facile que cela : depuis le décès de son épouse il n'avait plus rien écrit d'important, sinon, de temps à autre un article pour un journal ou une revue, la préface de quelques romans, essais ou livres d'art.     

 Dans un tiroir de son bureau s'entassaient des manuscrits, des débuts de récits ; dans un coin de son cerveau sommeillaient des idées d'histoire propres à ré-jouir ses lecteurs. Bien que l'envie d'écrire lui fût passée depuis de nombreux mois, il était maintenant impératif de s'y remettre sans tarder et d'utiliser tout ce matériau.

  Il se fit la réflexion que, si, dans un récit on mélange un peu de religion avec un peu de politique et une bonne dose de banditisme, alors là, le résultat devrait être positif. Et plus il avançait dans ses recherches, plus il découvrait de sujets passionnants à développer afin de pousser au meurtre une bonne quantité de fanatiques de tous bords : Musulmans contre Juifs, Catholiques contre Musulmans, Tamouls contre Musulmans, Catholiques contre Protestants, et vice versa, etc. Le fait est que presque toutes les religions s'opposent entre elles et même que dans chaque religion il y a des divergences internes, souvent sur des points de détail stupides. Ces brouilles ont bien souvent des raisons politiques sous-jacentes et, le pire, sont dues à des êtres humains avides de domination et de pouvoir. Exactement comme en politique ! Mais n'allez pas croire que François était athée, bien que se prétendant anarchiste, il croyait fermement en l'existence d'un Dieu ou d'une puissance supérieure. Il se posait même une question : qui avait crée Dieu ? Un autre Dieu ? Et qui avait crée cet autre Dieu ? Et ainsi de suite. Une question à se retrouver sur un bûcher quand la Sainte Inquisition pourrissait la vie des gens. Il croyait aussi que si les grands préceptes prônés par la majeure partie des religions étaient respectés il n'y aurait pas besoin d'une hiérarchie.

  D'abord fouiller dans son passé afin d'en faire ressurgir des idées attentatoires était indispensable. Puis chercher dans ses manuscrits délaissés des écrits assez subversifs pour choquer les partis concernés. Après, il n'y avait plus qu'à écrire. C'est facile à dire il n'y avait plus qu'à écrire ! Mais avant d'en arriver là, il y en avait du boulot. François avait eu une vie suffisamment mouvementée, ce qui lui avait permis d'accumuler de nombreux souvenirs plus ou moins agréables. Il avait observé ses contemporains et s'était fait sur la nature humaine une opinion très mitigée, entre optimisme et pessimiste. Le fait qu'il lisait énormément, ce depuis son plus jeune âge, l'avait amené à écrire, mais pas n'importe quoi : ses écrits, étaient toujours basés sur des faits réels, sur des personnages existants, ou ayant existé. Bien sûr, il utilisait ces faits, ces personnages, à sa manière, comme les chefs cuisiniers qui préparent leurs mets à leur façon en utilisant les produits disponibles. Mais avant de se mettre devant le fourneau il faut inventorier les ingrédients disponibles. D'abord il puisa dans son passé.

 

 

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