HUITIÈME CHAPITRE

 

UN PEU

 

D’ÉDUCATION SEXUELLE

 

 Pendant le retour en voiture François se lança dans son explication concernant son éducation sexuelle :

« Il arrive à tout un chacun que la nature ait ses exigences. Il devient quelquefois indispensable, voire impératif, de délester sa vessie ou ses intestins. En ce qui concerne une simple vidange, pour un petit garçon cela ne pose pas trop de problèmes : il suffit de trouver un coin à l'abri des regards et de sortir son engin pour se soulager en arrosant un mur ou un tronc d'arbre. Pour les intestins c'est plus difficile. Là, il faut vraiment être dans un endroit isolé, il en est de même pour les filles, quel que soit l'organe à vider.

  J'avais une bonne copine avec qui je jouais pratiquement tout le temps. Elle préférait les jeux de garçon aux jeux de fille. Donc nous nous entendions à merveille. Ce n'était pas vraiment de l'amour entre nous mais une franche et agréable camaraderie. D'ailleurs nous n'avions pas la moindre idée sur ce qu'était l'amour. Bien qu'elle fût un garçon manqué, il lui manquait quelques attributs pour agir dans certains cas comme un garçon. En conséquence, si elle avait un besoin pressant il lui était indispensable de se rendre dans un endroit isolé. Il y avait bien la solution des toilettes publiques. Mais les abords de ce local dégageaient une puanteur désagréable qui n'incitait pas à fréquenter le lieu, même pour un court instant. J'ouvre une parenthèses : si l'on me dit que puanteur désagréable est un pléonasme, je rétorque qu'il y a des puanteurs agréables, telles que celles de certains fromages. D'ailleurs je regrette de ne plus y avoir droit à cause de ce maudit handicap ! Je ferme la parenthèse. Comme il n'était pas question d'aller dans ces toilettes nauséabondes, il ne nous restait que l'arrière de la fontaine. Là, nous étions à l'abri de tous les regards. Et en plus il y avait de la viorne. Vous connaissez cet arbuste, au belles feuilles vert foncé sur le dessus et au dessous d'un vert plus clair merveilleusement duveteux. Je peux vous dire que je n'ai jamais trouvé rien de plus agréable pour s'essuyer les fesses après avoir déféqué.

  Était-ce un matin ou un après-midi, je ne m'en souviens pas, mais j'ai bien en mémoire ce que je vais vous narrer.

 Lili et moi jouions aux cow-boy à la poursuite des voleurs de notre troupeau de vaches. Nous galopions pour rattraper ces infects brigands, quand, en passant devant la fontaine, Lili s'arrêta brusquement et me dit «Faut que j'aille au petit coin.» Moi, je n'avais pas spécialement envie, mais, après tout, ce qui est fait ne sera plus à faire. En conséquence je suivi Lili derrière la fontaine. Tandis qu'elle relevait sa robe, baissait sa petite culotte et s'accroupissait, moi j'ouvrai ma braguette, sortais mon engin et arrosai le sol. Je me fis une réflexion: pourquoi s'accroupissait-elle? Je ne put m’empêcher de le lui demander. Elle me répondit :

– Tout simplement parce que je n'ai pas de robinet comme toi.

– T'as pas de robinet?

– Non, et si je ne m’accroupis pas je me fais pipi sur les cuisses, je mouille mes socquettes et mes souliers.

Je n'avais jamais vu de petite fille complètement nue et ne m'étais jamais posé de question sur l'anatomie du sexe féminin.

– Mais, t'as quoi à la place, lui demandais-je.

– Je vais te montrer. Et elle remonta sa robe, baissa sa culotte et me montra ce qu'il en était. Je ne vis là rien de très intéressant, à ce demander pourquoi certains de mes camarades cherchaient à voir sous les jupes des filles.

– Bizarre, t'as pas de boule et on dirait que c'est comme la fente d'une tirelire. Vexée par cette dernière constatation elle remonta rapidement sa culotte, baissa sa robe et me répliqua brusquement :

T'as des boules ? Comme le bébé de la fontaine? Montres moi ça!

Un peu embarrassé, je déboutonnai ma braguette et baissai en partie mon slip pour sortir ma verge.

– Non, je veux tout voir, me dit Lili, baisse ta culotte et ton caleçon!

Je débouclai ma ceinture et ma culotte s'empressa de tomber à mes pieds. Je dois préciser qu'à cette époque de ma vie mes poches étaient bien chargées. Elles contenaient tout ce qui me semblait indispensable: un mouchoir, un canif, un sac de billes, deux ou trois soldats de plomb, un bout de ficelle, un sac d'osselets, quelques vis et boulons trouvés par terre, un jeu de cartes et... je dois en oublier. Par contre il n'y avait pas de clous ou de vis pointue : ces objets ayant la malignité de percer les poches et piquer les cuisses. Enfin je baissai mon slip et Lili pu voir ce que j'avais en plus qu'elle. Elle me fit une réflexion qui me causa du souci :

– Ouais, t'as des boules, mais moi, quand je serai plus grande j'en aurai aussi, et elle posa ses mains sur sa poitrine.

  Effectivement j'avais remarqué que les dames avaient des seins, plus ou moins gros, et que les fillettes n'en avaient pas. Donc les boules grossissaient et en conséquence les miennes aussi. Comment porter cela dans la culotte ? D’après ce que j'avais vu les hommes adultes n'avaient pas l'air d''être gênés, donc on leur coupait. J'allai subir une opération avant d'être un homme! Ça devait être cela l'opération des amygdales! Ou de l'appendicite? Non, pas de l'appendicite. Un de mes copains avait été opéré de cela et pendant plusieurs jours il avait montré sa cicatrice sur un coté du ventre et exhibé son appendice dans un petit bocal, ça ne ressemblait pas à des boules. Donc je devrai subir une opération ! Cela me tourmenta toute la nuit.

  Dans la matinée j'allai interroger Pierrot à ce sujet. Pierrot c'était un de mes bons potes avec qui je jouais souvent aux osselets et aux billes à la récréation. Pierrot savait tout et, s'il n'avait pas la réponse sur le champs, s'informait et vous la donnait sans tarder. C'est lui qui m'avait éclairé sur la non existence du Père Noël. Mais il m'avait conseillé de ne rien dire à mes parents en me précisant que c'était mieux qu'ils ne sachent pas que je savais : ce serait gâcher leur plaisir et surtout, peut être que je n'aurais plus d'aussi beaux cadeaux à Noël.

 Pierrot se lança dans un exposé très détaillé sur la sexualité. Il commença par me dire que les histoires de la cigogne qui apportait les bébés, ainsi que celle de la naissance des petites filles dans les rose et des petits garçons dans les choux étaient totalement fausses. La preuve, ces deux histoires étaient contradictoires. Effectivement je n'avais jamais vu de cigogne dans la région et pourtant des bébés naissaient. De même, les roses et les choux ne paraissaient pas assez volumineux pour contenir un enfant aussi petit soit-il.

  Ce que je retins de cette longue explication se résumait en peu de choses: le monsieur fait rentrer son engin dans le trou de la dame, puis il se secoue et cela va mettre une graine dans le ventre de la dame et au bout de neuf mois il en sort un bébé. Pendant ce temps la dame a un gros ventre.

  Cela me parut d’autant plus clair que j'avais déjà vu cela chez mes grand-parents fermiers avec les vaches, les lapins, les chiens et autres animaux. Quand j'avais interrogé mes grands-parents ou mes parents à ce sujet je n'avais eu que des réponses très évasives et peu satisfaisantes. Enfin il me donna quelques notions de vocabulaire, entre autre qu'il était préférable de dire vésicules à la place de couilles, mot très grossier. De plus je n'avais plus à m'inquiéter car mes vésicules ne grossiraient pas exagérément. Je transmis ces informations à Lili. Et nous décidâmes, que lorsque nous serions mariés, ce serait pour nous amuser et certainement pas pour se mélanger les sexes, chose vraiment dégoûtante!

  Par contre, Lili eut une sérieuse inquiétude, car sa mère avait, de temps à autre, des problèmes de vésicule. Serait-elle faite comme un homme ? Je ne manquai pas d’interroger Pierrot à ce sujet. Là, encore, il me rassura. Il s'était trompé de mot: ce n'était pas vésicules, mais testicules qu'il avait voulu dire. Cela rassura Lili.

  Un jour, Lili m'annonça que nous ne pourrions plus jouer ensemble. Son père avait obtenu un poste dans une colonie française: l'île de la Réunion. Mais, nous avions prévu de nous écrire et de nous revoir un jour. Cette échange de courrier cessa après l'invasion par les troupes allemandes de la France. A la fin de la guerre je lui envoyai une lettre qui me revint avec la mention «n'habite pas à l'adresse indiquée». J'étais bien triste d'avoir perdue de vue Lili. J'aurais bien voulu revoir celle qui fut mon premier amour aussi platonique fut-il.»

  François termina cette confidence peu avant l'arrivée au manoir.

  Cela peut vous paraître étrange que François ait fait une telle révélation à Amélie et Maurice, ses employés. En fait il n'y avait là rien de surprenant dans la mesure où il y avait entre eux une relation plus familiale qu'amicale. Quand François et Liliane avaient acheté la propriété, le jeune couple était au service des possesseurs du bien qui avaient péris dans un accident d'avion. Leurs héritiers avaient laissé les deux jeunes gens entretenir le bien et faire visiter le manoir – c'est ainsi que l'appelait François, alors que Liliane préférait dire: la case - jusqu'à la vente.

  Une fois la propriété acquise, François et son épouse gardèrent, non pas à leur service, mais avec eux ces jeunes gens. Ils ne les voyaient pas comme des domestiques mais comme des être accomplissant des tâches qu'ils ne pouvaient pas faire eux mêmes soi par manque de temps, de connaissance ou de capacité. En contrepartie ils leur fournissaient gîte, couvert et cet outil indispensable pour bien vivre: l'argent. Comme disait François «nous vivons en symbiose.»

 

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