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14

 

Tandis que Jean se préparait à la chasse aux Garcin, Philippe se posait des questions sur le décès de son frère ainsi que sur la présence éventuelle de Jean à Saint-Georges. Dès son retour de la gendarmerie, il avait téléphoné à son adjoint Tony. Il savait que ce dernier était un proche cousin de Jean, mais il savait aussi que Tony ne considérerait pas comme une trahison le fait de transmettre un renseignement qui permettrait, peut être, de mettre Jean hors de cause… ou de lui éviter de commettre d’autres homicides, ce qui serait pire.

 

D’abord il lui avait demandé s’il était au courant des déplacement de Jean ; Tony savait seulement qu’il était parti jouer au touriste, sans plus. Puis il lui avait donné une explication rapide de la situation en lui conseillant de n’en parler à personne : pour l’instant il n’avait encore aucune certitude. Enfin, Philippe lui demanda d’essayer de trouver une photographie où l’on put voir distinctement le visage du boulanger afin de permettre de vérifier s’il avait réellement séjourné à Saint-Georges. En cas de succès Tony devait la lui faxer rapidement.

 

Car, Albert avait un fax ! D’ailleurs, Albert, il aimait bien paraître dans le vent ; il avait même un superbe ordinateur, dont il savait à peine se servir ; son caméscope perfectionné ne servait qu’à encombrer un tiroir et il se sentait obligé de sortir dans son jardin, quand il passait un coup de téléphone, pour bien montrer qu’il possédait un portable. Comme disait Philippe de son frère : « Si on sortait une machine ultra perfectionnée à foutre des coups de pied au cul, Albert se précipiterait pour avoir le modèle le plus performant avant tout le monde ! »

 

N’ayant rien trouvé de valable dans la collection de journaux de la mairie, Tony se rendit à la rédaction du journal régional. Il y rencontra le photographe qui avait couvert l’affaire du terrible accident ayant coûté la vie à la famille de Jean. Mais, sans succès, car s’il figurait bien sur certains clichés, il n’y apparaissait qu’en arrière plan et assez flou ; un agrandissement n’aurait rien donné d’exploitable. Tony passa donc une bonne partie de la soirée à chercher un cliché valable dans ses photographies personnelles. Il en trouva plusieurs, dont une, où Jean était bien visible et reconnaissable. Il avait pris cette photo cinq ans auparavant lors d’une fête communale ; Jean, qui avait gagné au concours de boules, y apparaissait tenant à bout de bras la coupe du vainqueur. Le lendemain matin il s’était empressé de faxer le résultat de ses recherches. Et maintenant, Philippe tenait entre les mains un document qui était d’assez bonne qualité et qui lui confirma que l’homme aperçu au feu rouge de Saint-Georges était bel et bien Jean. Ce dernier avait reçu, avec la perte de sa famille un sacré choc, mais il ne semblait pas avoir pris de coup de vieux : tel il l’avait vu avant hier, tel il était sur la photo. Il s’empressa de se rendre à la gendarmerie pour la remettre à l’adjudant Hoareau. Ce dernier, à l’examen du document, pensa avoir déjà vu cet homme.

 

– Je crois bien, dit-il à Philippe, que ce gars là je l’ai croisé quelque part et cela me semble récent. Je ne saurais dire où, mais son visage ne m’est pas inconnu. Je passe régulièrement, quand ce n’est pas un de mes collèges qui le fait, dans les hôtels, les pensions de famille, les restaurants et les cafés, afin de savoir si tout va bien. De cette façon les gens sont rassurés, ils savent que l’on existe non seulement pour verbaliser mais aussi pour les servir, si nécessaire.

– Les hôtels sont nombreux, ici, reprit Philippe. En faisant le tour peut être pourrions nous savoir s’il a loué une chambre dans le coin ?

– C’est à quoi je pensais… mais il y quelque chose qui me revient à l’esprit : je ne sais pas pourquoi, mais ce visage, je l’associe au cognac. Pourquoi au cognac ? Ah, j’y suis ! il y a deux ou trois jours, ou peut être était-ce avant hier, alors que j’étais dans un restaurant et que je discutais avec le patron, un serveur lui a demandé de verser un cognac en faisant remarquer que les gens qui prenaient cet alcool en apéritif étaient très rares. Quand le garçon est parti pour servir le client, je l’ai suivi des yeux et j’ai observé, discrètement, tout en continuant la conver-sation, notre buveur de cognac. C’était celui de la photo ! Je n’irais pas jusqu’à le jurer, mais, si ce n’est pas lui, c’est un sosie ! Venez Monsieur Grandin, ne perdons pas de temps, c’était au Bouffe Tard, on va interroger le serveur !

 

Et l’adjudant entraîna Jean avec lui.

 

Au Bouffe Tard, en voyant la photographie, le garçon qui avait servi le cognac en apéritif ne put s’empêcher de dire :

 

– Ça, c’est un client qui sait apprécier les bonnes choses et qui sait vivre : j’ai senti, par certains détails, que c’était un connaisseur en restauration… mais qu’est-ce qui lui est arrivé ?

– Quelqu’un a trouvé une valise sur le parking du port, lui répondit par un mensonge l’adjudant. Il n’y avait pas de nom, rien qui puisse nous permettre de retrouver le propriétaire, alors on l’a ouverte et dedans il y avait quelques photos, dont celle-ci, on l’a photocopiée, c’est pour cela que c’est en noir et blanc et pas tellement bon, mais cela permet de rechercher à plusieurs. On sait que le propriétaire est un homme à cause des vêtements et on suppose que c’est peut être sa photo. Vous ne savez rien sur lui ?

– Rien, en tout cas il n’avait pas de valise. Par contre, quand il a ouvert son portefeuille pour me payer j’ai remarqué qu’un papier est tombé sur la table, ça ressemblait à une facture d’hôtel et sur l’en tête il y avait un dessin comme des vagues avec des mouettes, si ça peut vous être utile…

 

Cela était bien suffisant pour le gendarme qui entraîna Philippe avec lui vers l’hôtel des Deux Mouettes. Tout en marchant, Philippe lui expliqua que Jean avait fait l’école hôtelière et, qu’avant de travailler avec son père à la boulangerie, il avait servi dans des grands restaurants et des grands hôtels ; la réflexion du garçon sur les connaissances de son client tendait à confirmer que ce dernier était bien Jean, d’autant plus qu’il avait reconnu son client sur la photo.

 

La patronne de l’hôtel, après avoir vu le cliché, en femme de tête très ordonnée et ayant bonne mémoire, s’empressa de sortir son registre, le consulta et montrant une page au brigadier lui dit :

 

– Votre bonhomme , il a loué une chambre de fin avril jusqu’au début mai, puis, regardez après, il est revenu il y a huit jours et nous a demandé sa note mardi matin. Il s’appelle Voibin Jean. Je n’ai rien d’autre, mais comme vous le savez, chef, je ne suis pas tenue à en savoir plus. Il n’était pas très bavard, il m’a donné l’impression d’être retraité et avait l’air de s’y connaître en cuisine. Du moins c’est ce que j’ai remarqué quand il prenait ses repas dans notre salle de restaurant, il ne commandait jamais n’importe quoi et savait marier les vins avec les plats, mais qu’est-ce que vous lui voulez ?

– Pas grand-chose, rétorqua l’adjudant, merci au revoir et bonne journée.

 

En sortant de l’hôtel il se tourna vers Philippe et lui confia :

 

– Certes, c’est réjouissant d’avoir retrouvé notre gars, mais ce n’est pas vraiment rassurant !

– Oh ! Que non ! Lui répondit Philippe en hochant la tête.

 

 

 

                                                                                         A suivre

 

 

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