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15

 

Jean surveillait la maison des Garcin depuis sa voiture, comme il l’avait fait quelques semaines auparavant. Il prenait tout de même le temps de profiter de la plage. Il n’attendit que deux jours avant la promenade en forêt. Ce soir là, Gilbert avait laissé sa deux-chevaux devant la maison. En principe il la rentrait dans le garage ; un changement d’habitude qui alerta Jean. A cette heure il était trop tard pour aller faire des courses à Dolus, Saint-pierre ou Marennes, encore moins à Rochefort. Jean, qui, après un bain de mer, se rhabillait tranquillement ne sut pas s’il devait retourner à son hôtel ou continuer de se tenir à l’affût.

 

Il n’attendit pas longtemps ; à peine avait-il fini de se vêtir qu’il vit Gilbert et Véronique ressortir de la maison ; ils étaient en survêtements, Véronique tenait une grande serviette de bain autour de son cou et Gilbert portait un grand sac. Ils montèrent dans leur deux-chevaux et se dirigèrent à l’opposé de la ville. Jean se précipita dans son véhicule. D’abord il suivit leur voiture du regard. Quand celle-ci arriva au bout de l’avenue elle s’engagea sur la droite. Jean démarra tranquillement ; il savait où ils se rendaient.

 

Arrivé sur l’aire de stationnement de la plage de Gatseau il n’eut aucune difficulté à repérer la Deux chevaux ; les véhicules étaient peu nombreux. En ce moment les gens devaient soit déjeuner, soit regarder la télévision soit jouer aux boules. Les quelques voitures stationnées appartenaient certainement à des pêcheurs acharnés ou à des promeneurs amateurs de solitude. Jean préféra se garer à l’écart des autres véhicules, puis il récupéra l’étui de cannes à pêche contenant son fusil, mit quatre cartouches dans une de ses poches de veste et s’engagea sur la trace de son gibier. Les rails du petit train le guideraient, en partie, jusqu’à la tanière, dans la forêt.

 

Alors qu’il avait presque atteint le tronçon de voie ferrée longeant le bord de mer, il entendit des éclats de voix et des rires. Il se cacha derrière un fourré pour observer : sur la plage une douzaine de personnes s’affairait et devisait joyeusement. Gilbert et Véronique participaient à la petite fête. Cela contraria Jean ; il s’était trompé sur leur programme de la soirée. Il décida de rester ; la fiesta ne durerait pas toute la nuit ; ses proies avaient peut-être d’autres projets pour finir la soirée ? Il s’installa plus confortablement pour espionner et eut ainsi le temps d’examiner la scène. Deux hommes creusaient un fossé peu profond, en couronne, rejetant le sable au milieu. Jean dû se relever rapidement et se réfugier plus en retrait car des membres du groupe pénétrèrent dans la pinède. Ils y ramassèrent des aiguilles de pins sèches qu’ils mettaient dans des sacs en plastique. Jean se posait des questions. En plus d’être des écologistes fanatiques les Garcin ne seraient-ils pas les adeptes d’une secte religieuse ? Les ramasseurs ayant terminé leur récolte s’en retournèrent sur la plage. Jean regagna son poste d’observation. Il constata que le travail avait bien avancé : la tranchée était terminée ; elle entourait un tas de sable aplati à son sommet. Une planche presque carrée était posée sur ce qui ressemblait étrangement à un autel. Les femmes y déposaient, avec précaution, de petits objets noirs et luisants qu’elles sortaient d’un seau. Puis elles couvrirent le tout d’une épaisse couche d’aiguilles de pins. Alors un homme, le grand prêtre, sans doute, s’approcha de l’autel, sortit de sa poche une allumette, l’enflamma et mis le feu aux aiguilles. En même temps qu’une belle flamme des cris de joie s’élevèrent.

 

Jean était de plus en plus intrigué. A quel sorte de sacrifice assistait-il ?

 

Tandis que les aiguilles brûlaient, certains officiants préparaient des tartines de pain beurrées, d’autres ouvraient des bouteilles de vin qu’ils versaient dans des gobelets.

 

Jean faillit éclater de rire quand il comprit ce à quoi il assistait ; il n’avait jamais eu l’occasion de participer à ce genre de pique-nique, mais il en avait entendu parler.

 

Ces individus n’étaient pas les adeptes d’une secte, mais des particuliers préparant une aiglade : une recette de moules. Le beurre devait être du demi-sel et le vin du blanc sec, ou mieux du Pineau des Charentes. Jean, qui n’avait pas dîné, les envia d’autant plus qu’une petite brise apportait jusqu’à ses narines une odeur de cendre que son imagination transformait en un mélange de délicieux effluves. Il regretta d’avoir l’estomac vide. Si, au moins, il avait pensé emporter un casse croûte ! Il ne lui restait plus qu’à prendre son mal en patience en essayant de ne plus penser au goût du beurre sur le pain, des moules et du petit gorgeon de Pineau ; il chercha une cache plus discrète où il attendrait la suite des événements en espérant que ces derniers lui fussent favorables.

 

 

 

                                                                                             A suivre

 

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