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24

 

Le train n’allait pas tarder à arriver en gare. David se leva pour s’approcher d’une sortie du compartiment. Il était satisfait de sa journée : il avait pu déléguer à ses subalternes les tâches qui lui déplaisaient le plus, ou qu’il était incapable d’effectuer sans grandes souffrances, surtout s’il s’agissait d’utiliser l’ordinateur. Être le chef présente certains avantages.

 

Non seulement la semaine était terminée, mais de plus il avait pris quinze jours de congé. Avant de quitter le bureau, il avait fêté cet événement en offrant un pot à ses collègues. Ceux-ci étaient très satisfaits, non pas de boire un coup avec David, mais de son départ en vacances : pendant deux semaines ils n’auraient plus à le supporter. N’étant pas informé de ce dernier détail, David se sentait joyeux, sans doute à cause des quatre grands verres de whisky qu’il avait bus. Et s’il pensait, de temps à autre, à l’éventuelle menace que représentait Jean, il ne s’inquiétait pas trop : ce qu’il avait retenu de l’entre-vue avec Philippe, monsieur le curé et les autres, était que l’on supposait que Jean était en train de se venger. Rien ne confirmait cela. Et si c’était le cas, rien n’affirmait qu’il était sur l’hypothétique liste du boulanger. Et même, dans ce cas, il serait difficile à Jean de s’attaquer à lui : trafiquer un vélo est relativement facile, mais pour une voiture cela demande du temps et il y a risque de se faire remarquer ; quant à le tuer à coup de fusil de chasse, cela était quasiment impossible sans se faire repérer par le bruit et se retrouver menottes aux poignets en un rien de temps. Et surtout, il n’était sûrement pas dans les premiers de la liste ! Donc, il serait temps d’aviser si l’Agité ou le Comte étaient assassinés.

 

Le train s’arrêta, David en descendit. Il ne lui restait plus qu’à aller jusqu’à sa voiture, ce qui se ferait en une dizaine de minutes, puis à s’installer derrière le volant, démarrer et rentrer à la maison. Dans une demi-heure, au plus, il serait confortablement assis dans un fauteuil, un bon verre de whisky en main.

 

Mais, entre ce que l’on imagine et ce qui se passe en réalité il y a quelquefois une différence. David arriva bien à sa voiture, il en ouvrit la portière, s’installa et mit sa ceinture de sécurité. Quand il tourna la clé de contact, le bruit habituel du démarreur se fit entendre, suivi d’une courte pétarade, mais il n’y eu pas l’agréable ronflement du moteur qui tourne. David ressaya, sans succès, de faire démarrer le véhicule. Il recommença à plusieurs reprises. Mais au bout d’une dizaine de tentatives il n’insista plus. D’autre part, n’ayant aucune notion de mécanique, il était incapable de réparer son véhicule. Le whisky, ce sera pour beaucoup plus tard, se dit-il. Donc il devait rentrer à la maison par un autre moyen.

 

A cette heure-ci, il n’y avait plus de car. Il n’était pas question, non plus d’aller téléphoner chez lui de la gare : en ce moment son fils devait être au tennis, sa fille à son cours de danse et sa femme au cinéma avec le voisin. C’était le programme régulier de sa famille le vendredi soir. Il ne lui restait plus qu’à se rendre à pied jusqu’à chez lui ; après tout, en passant par le raccourci, cela ne faisait guère qu’un petit peu plus de trois kilomètres. Par la route nationale il aurait pu faire de l’auto-stop, mais depuis la mise en service de la déviation, rares étaient les automobilistes qui se rendaient à Champy par ce tronçon. De plus la nationale était bruyante, dangereuse pour un piéton car les trottoirs étaient inexistants et surtout rallongeait son trajet d’un kilomètre au moins. Il faisait encore jour, mais le ciel se chargeait de gros nuages d’un gris ardoise qui annonçaient un orage.

 

Il quitta sa voiture et se dirigea vers Champy. Quand il arriva sur le chemin de traverse il eut un bref instant d’inquiétude : et si Jean le surveillait ! Mais cela n’était pas possible ; Jean ne pouvait pas savoir qu’il rentrerait tard ce soir, que sa voiture allait tomber en panne. Il se retourna tout de même et vérifia que personne ne le suivait. Il était seul, cela le rassura. À l’horizon, un éclair illumina le ciel, quelques secondes après un grondement sourd retentit. L’orage était encore loin, mais David accéléra le pas ; il ne tenait pas à être surpris par la pluie. Il espérait arriver au bosquet, situé à mi-trajet du chemin, avant que l’orage ne fût plus près ; il n’est pas conseillé de jouer au paratonnerre, tout seul, à découvert dans la campagne ; au milieu des arbres il ne serait pas plus à l’abri de la foudre mais serait un peu moins mouillé. Peu après, il entendit le clocher de Champy sonner un coup. Il regarda sa montre. Il était déjà huit heures et demie.

 

                                                                                                   A suivre

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