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27

 

Vers les dix heures du matin, Jacqueline Brisquet, qui assurait la permanence du samedi à la mairie, reçu un appel téléphonique de la gendarmerie qui cherchait à contacter le maire ou l’un de ses adjoints car un homme avait été retrouvé mort dans la campagne. Madame Brisquet fit suivre la communication dans le bureau du maire où le premier adjoint, monsieur Bernard Tafoureau, remplaçait l’Agité. Elle était assez curieuse et aurait aimé avoir plus d’informations, mais, comme elle était discrète, elle attendit avec une certaine impatience que le premier adjoint vint tout lui raconter après avoir raccroché. Enfin monsieur Tafoureau sortit du bureau et se précipita sur madame Brisquet :

 

– Madame Brisquet, vite, dites moi où on peut joindre Monsieur Trestart, lui dit-il.

 

Il semblait très agité, lui aussi, et madame Brisquet lui répondit calmement que monsieur le maire était en train d’inaugurer un quelconque monument au fin fond du département et qu’il serait difficile de le joindre rapidement.

 

– Mais, ajouta-t-elle, vous êtes son adjoint, donc vous le remplacez pour tout ce qui concerne la mairie. Est-il indispensable que Monsieur Trestart soit présent pour le problème qui se présente, d’ailleurs, quel est ce problème, je peux sans doute vous aider ?

 

La question avait été posée si habilement que monsieur Tafoureau s’empressât d’exposer les faits à madame Brisquet, qui rapprocha son siège pour mieux écouter.

 

– Le fils Blanchard, commença l’adjoint, vous savez madame Brisquet, les Blanchard qui habitent près de l’ancien lavoir, il avait cours ce matin au collège et comme il n’y a pas d'autocar pour rentrer l’après midi il a dû prendre son vélomoteur. Tiens, d’ailleurs il faudra qu’on en reparle de cette histoire de car, c’est vrai ça !

 

Il se rendit compte, à la façon dont madame Brisquet le regardait, que ce n’était pas le moment de s’étendre sur un autre sujet, il en revint à l’histoire du fils Blanchard.

 

– Oui, alors le fils Blanchard, pour aller plus vite, il a préféré prendre le raccourci qui permet d’éviter la route nationale. Remarquez qu’après l’orage d’hier soir il ne devait pas être très praticable, voilà encore un problème à revoir.

 

De nouveau madame Brisquet lui fit son regard de femme insatisfaite, il s’empressa de revenir au principal de l’affaire.

 

– Et bien figurez vous Madame Brisquet, que sur le chemin, le fils Blanchard il a trouvé un mort !

– C’était qui ? demanda Madame Brisquet.

– David, c’était David Millet, celui qu’habite dans le lotissement des Mourettes, David, celui que la femme…

– On connaît, Monsieur Tafoureau, l’interrompit l’employé de mairie, on connaît tout ça, mais il est mort de quoi ?

– D’une blessure au cou.

– Au cou ? Comment cela ?

– J’en sais pas plus, il faut que quelqu’un de la mairie se rende sur les lieux ! J’ai pas l’habitude de ce genre de truc, je préférerais que ce soit le maire, ou l’autre adjoint.

– Ne paniquez pas Monsieur Tafoureau. D’abord monsieur le maire n’est pas là, ensuite le deuxième adjoint est en vacances. Il ne reste plus que vous, et ne vous en faites pas, c’est moins difficile qu’un mariage : il n’y a pas de discours à faire, vous y allez, vous constatez que c’est bien David Millet, vous signez deux ou trois paperasses et c’est réglé !

– Vous me rassurez, merci, donc j’y vais, à tout à l’heure !

 

Après le départ d’un Tafoureau dans tous ses états, Jacqueline Brisquet se mit à réfléchir à ce qui venait d’arriver. Que David Millet fût mort, cela était loin de l’attrister. C’était un personnage avec qui elle avait eu des relations désagréables : sous le prétexte qu’il était membre du conseil municipal il avait été exigeant, présomptueux, arrogant… Jacqueline n’arrêtait pas d’allonger sa liste des qualificatifs. Une des ses filles, recommandée par monsieur Grandin, avait été embauchée dans la compagnie d’assurance, la même que celle où il avait fait entrer Millet. Elle avait travaillé pendant un certain temps sous les ordres directs de Millet. Elle avait vécu un véritable enfer pendant cette période : Millet lui avait fait subir toutes les vexations possibles et inimaginables. Il se vengeait sur ses subalternes, surtout sur les femmes, de son incapacité devant son épouse. A cette époque, Jacqueline avait exposé la situation à Éliane Grandin. Cette dernière était parvenue, par on ne sait quelles ruses, à mettre fin au calvaire de la jeune fille en s’arrangeant pour que son mari la mutât dans un autre service.

 

Elle fut interrompue dans ses pensées par l’entrée de Philippe. Elle allait lui apprendre la nouvelle et commençait à se lancer dans son annonce quand Philippe la stoppa tout net.

 

– Je sais ce que tu vas me dire, mais comme maintenant j’en sais plus que toi, c’est moi qui vais satisfaire ta curiosité : j’étais sur place depuis pas mal de temps et quand le père Tafoureau est arrivé j’en ai profité pour quitter les lieux. Oui, David est mort, je viens de le voir, il n’était pas beau, il a dû souffrir et physiquement et moralement. Je ne l’estimais pas beaucoup, mais je ne lui souhaitais pas de mourir, surtout comme ça !

 

Il fit une pause… trop longue pour Jacqueline.

 

– Continue donc, le pressa-t-elle. Comment c’est arrivé ? Dis-moi tout !

– Laisse-moi le temps de m’installer. En disant cela Philippe alla s’asseoir au bureau, face à Jacqueline, et reprit : comme tu le sais c’est le jeune Blanchard qui a trouvé le corps. Il était passé par le raccourci pour éviter la route nationale. Après avoir vu ce qui lui semblait être un cadavre, il a fait demi-tour pour prévenir un adulte, n’importe lequel, parce qu’il était traumatisé et ne savait pas comment agir. C’est Tony et moi qui l’avons rencontré en premier sur la route. Il nous a fait signe de nous arrêter et nous a dit ce qu’il venait de voir. J’ai été à la cabine téléphonique la plus proche pour prévenir la gendarmerie, pendant que Tony et le gamin se rendaient sur les lieux. Après j’ai été les rejoindre. Cela me fait penser qu’il serait temps que la municipalité se décide à nous acheter un téléphone portable, ça éviterait de faire des pas inutiles et ça ferait gagner du temps.

– Quand tu as rejoint Tony et le môme, il était comment David ? Interrogea Jacqueline.

– Il était au milieu du chemin, dans une position particulière. Comment t’expliquer ? Il avait les jambes en chien de fusil le côté gauche au sol et le buste face à terre, pas dans l’allongement du corps. Sa main gauche portait des traces de sang à peine délavées par la pluie. Dans sa main droite il tenait un petit caillou, un peu comme on tient un instrument pour écrire. J’ai l’impression, qu’après avoir été blessé, il s’est redressé pour inscrire quelque chose sur la terre, et qu’après il s’est écroulé, épuisé ou mort ? Je n’y ai pas touché, j’ai laissé ce soin aux gendarmes qui étaient déjà sur place et commençaient leurs investigations. D’après leurs conclusions, David a eu le cou transpercé de part en part par un objet long et pointu genre tige de fer. Cela englobe aussi bien la très grosse aiguille à tricoter, la flèche d’arc, le bout de fer en béton épointé, l’épée, une fine lance… L’autopsie permettra peut être d’être plus précis. Pour l’instant il est sûr que l’objet a été enfoncé dans la gorge et est ressorti par la nuque pour être arraché après. David a dû boucher les trous de la blessure de sa main gauche pour stopper l’hémorragie et vers la fin il a écrit le nom de son assassin sur le sol. Le problème c’est qu’il a beaucoup plu pendant l’orage d’hier, et il n’y a plus aucune trace d’écriture. Cela ne m’étonne pas, hier, j’ai été surpris par la pluie alors que j’étais dans le jardin ; les gouttes étaient énormes et tombaient drues. C’est un des gendarmes qui t’a téléphoné. On a laissé à Tafoureau la corvée de prévenir Madame Millet. Voilà, maintenant tu en connais autant que moi. Pour l’instant on ne sait pas ce qui s’est passé et qui a tué Millet.

 

Philippe et Jacqueline restèrent tout pensifs un très court instant interrompu par l’entrée de Tony qui annonça la dernière nouvelle : madame Millet, informée du décès de son mari et des circonstances, avait précisé que ce n’était pas logique qu’il ait pris ce chemin parce qu’il avait sa voiture. Tony et madame Millet qui pensaient savoir où David se garait habituellement, étaient partis rechercher le véhicule. Ils l’ont bien retrouvé, il était là où David se gare la plupart de temps. On aurait pu penser qu’il avait pris le raccourci parce que la voiture était en panne. Ce n’était pas le cas ! Madame Millet l’avait essayée, et le moteur avait démarré au quart de tour !

 

 

                                                                                         A suivre

 

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