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Et de quatre ! Pensa Jean en se réveillant à cinq heures du matin. Il était très satisfait ; l’opération mise à mort de Millet avait réussi. Il était pratiquement certain qu’à cette heure-ci ce dernier devait être devant Saint-Pierre, à moins qu’il ne fût déjà au Purgatoire ou en Enfer. Maintenant il ne lui en restait plus que deux à liquider. Il se devait de les supprimer ensemble. La mort de David allait sans aucun doute porter de sérieux soupçons sur lui. Il craignait même d’être arrêté par la police avant d’avoir terminé sa mission. Et s’il avait encore une chance de rester libre pour l’instant, il était certain que si l’un des deux venait à trépasser, même d’une simple grippe, le dernier de la liste serait plus que surveillé : ces gens faisaient partie de ces personnalités flanquées de gardes du corps dès la moindre alerte.

 

Avant tout, il était indispensable de mettre de l’ordre dans ses affaires ; il voulait éviter que la police ait des indices qui permettraient sa mise en garde à vue si elle devait perquisitionner dans son appartement.

 

Il prit un sac en plastique et commença le remplissage. Il y mit d’abord les chaussures et les vêtements qu’il avait portés lors de chacune de ses interventions, puis les lunettes sans verres correcteurs, ainsi que la boite de cartouches utilisées pour supprimer les Garcin. Le harpon fut plus difficile à caser, il dut le scier en deux. Il vida toutes ses poches et jeta tout ce qui pouvait servir d’indice, tel que le ticket de train qu’il avait acheté la veille pour revenir de Champy, celui de l’aller était déjà dans une poubelle. Il n’avait pas utilisé sa carte orange, car il ne savait pas si sur la piste magnétique du coupon les divers endroits où il avait composté étaient enregistrés avec la date et l’heure. C’était d’ailleurs pour ce motif, à tort ou à raison, qu’avant de prendre le train pour Champy, il avait consciencieusement composté son coupon de carte orange à la station de métro Pigalle, pour descendre à La Madeleine où il faut aussi composter pour sortir. Puis il avait pris l’autobus, où il suffit de montrer sa carte orange au machiniste, et s’était rendu à la gare de l’Est. Là, il avait utilisé un distributeur automatique pour acheter son billet d’aller-retour pour se rendre à Champy. Après sa triomphante expédition, il avait repris le train pour Paris. Arrivé à la gare de l’Est il rentra chez lui à pied.

 

Une fois le sac rempli de tout ce qui aurait pu être compromet-tant, il le ferma puis alla ouvrir une fenêtre de la salle de séjour, de cette façon il entendrait les éboueurs passer. Il savait qu’ils n’allaient plus tarder à arriver devant son immeuble. Effectivement, peu de temps après, au loin, le vacarme des poubelles remuées et vidées retentit. Il prit le sac, sortit de son appartement descendit les escaliers et une fois dans la rue il le déposa dans une des poubelles de l’immeuble. Il ne remonta qu’après s’être assuré que le contenu de la poubelle était passé dans la benne à ordure.

 

Puis il prépara ses affaires en vue de son séjour à Champy. Il s’y rendait non seulement pour se recueillir sur les tombes d’êtres chers, mais aussi pour tenter de terminer ce qu’il avait mené à bien jusqu’à présent. Il avait téléphoné quelques jours avant pour demander à P’tit Caillaud de lui réserver une chambre, comme tous les ans, à la même époque. C’est le vieux Caillaud qui avait décroché le téléphone, et avant de passer le combiné à son fils, il avait rappelé à Jean que celui-ci lui devait une revanche aux échecs. Son programme était donc tout tracé : arrivée à Champy vers onze heures ; déjeuner chez les Caillaud le midi ; visite au cimetière ; confession à l’église ; enfin rendez vous avec Augustin Caillaud à seize heures. Et partant de l’adage populaire : il faut battre le fer quand il est chaud, Jean, dans la foulée passerait à la suppression des deux derniers de sa liste sans tarder.

 

                                                                                              A suivre

 

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