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Les deux policiers, qui se rendirent au domicile de Jean pour l'interpeller en vue d'une interrogation, constatèrent qu'il était absent. L'inspecteur chargé de l'enquête commençait à avoir, non pas des soupçons, mais des certitudes concernant l’implication de M. Voibin dans ces différents homicides. Il fut autorisé à pratiquer une perquisition de l'appartement. Là, aucune indice, sauf le fusil. Mais, la boite de cartouches qui fut trouvé ne correspondait pas à celles utilisées pour tuer les Garcin : les plombs récupérés dans les corps étaient de plus grosse taille.

 

L’inspecteur n’eut plus de doute, mais une certitude. Voibin n’aurait pas quitté son domicile en catimini s’il n’avait rien à se reprocher et surtout s’il n’avait rien à entreprendre ! Il donna des ordres afin de protéger les deux futures victimes. Mais, comme il se devait d’économiser les deniers de l’État, il exigea que les deux hommes fussent réunis sous un même toit, cela coûterait moins en personnel. Et, pour cette raison, monsieur le maire se retrouva dans une voiture qui le menait chez le comte.

 

Lorsque le véhicule se présenta à l’entrée de la propriété du comte, deux policiers s’approchèrent pour contrôler les passagers. Rassurés par la présence de leurs collègues ils firent signe de passer. A peine le véhicule était-il à l’arrêt devant le château qu'André-Jacques Trestart se précipita vers le grand escalier qui menait à la vaste entrée. Il fut stoppé dans son élan par un homme armé d’un pistolet qui l’interpella.

 

– On ne passe pas ! Les mains en l’air !

 

– Fais pas le con, Jojo ! Cria un des policiers qui s’était précipité pour suivre le maire, fais pas le con ! C’est le maire, le copain du comte. Il vient rendre visite à son compagnon de misère.

– Ah, d’accord, répondit le dénommé Jojo en rangeant son arme.

 

Il se tourna vers son collègue :

 

– T’aurais dû dire à ton client de ne pas être aussi nerveux et pressé, ça m’aurait évité de l’effrayer. Regarde le, il est tout pâle. Puis s’adressant au maire :

– J’espère que vous n’êtes pas cardiaque, m’sieur… mais vous avez l’air d’aller mieux. Je vais vous annoncer à mon collègue qui est à l’intérieur. Eh, Michel, y a d’la visite pour Monsieur le Comte, va lui dire, je laisse entrer son pote.

 

Un okay parvint du hall. Et André-Jacques s’en alla rejoindre Raymond. Ce dernier, informé, par le garde vint rejoindre son ami. Il semblait tout aussi affolé qu’André-Jacques.

 

Tous deux se firent l’accolade, comme deux êtres très chers qui, ne s’étant pas vu depuis longtemps, étaient heureux de se retrouver enfin. Cela choqua Jojo et Michel : ils n’étaient pas habitués à voir les gens de la haute être aussi expansifs. Mais le peu de ce qu’ils entendirent de la part de ces deux messieurs alors qu’ils se rendaient dans le bureau du comte les laissa encore plus perplexes.

 

– Mon petit Raymond, tu m’as manqué !

–My dear, que nous arrive-t-il ? Ce méchant boulanger serait à notre poursuite ? C’est affreux ! J’en suis tout retourné, dit le comte, puis s’adressant aux gens chargés de leur protection :

– Messieurs, êtes vous certains que nous sommes bien gardés ?

– Mais oui, m’sieur le comte, confirma Jojo. L’entrée du parc est gardée, et comme on ne peut pas vérifier le murs d’enclos, il y deux gars postés devant chacune des façades du bâtiment, plus nous deux dans le hall, plus nos deux copains qui accompagnaient Monsieur Trestart et qui sont juste à l’entrée. Tout ça, ça fait une douzaine de bonshommes à votre service. Avouez que vous êtes surprotégés !

– Merci de me rassurer Monsieur, puis se tournant vers le maire, allons viens dans mon bureau, my dear.

– Je te suis, chère âme. Tu as raison, c’est affreux ! Comment peut-on nous en vouloir ! Mais je suis heureux de t’avoir à mes côtés ce soir, ta présence me rassure et me console. Je suis tellement heureux de passer la nuit avec toi.

 

Ce furent les dernières paroles que Jojo et Michel entendirent de la part de ces messieurs. Une fois la porte du bureau refermée derrière André-Jacques et Raymond, Jojo se retourna et demanda :

 

– Dis, Michel, j’ai pas rêvé, t’as entendu comme moi ! Il lui a dit chère âme ou cher ami ?

– T’as pas rêvé, Jojo, j’ai même cru comprendre qu’ils allaient dormir ensemble. M’est avis que ces clients y sont pas du même bord que nous !

 

Michel, acquiesça… tout pensif et s’installa le plus confortablement qu’il put sur l’une des banquettes du hall. Jojo en fit autant.

 

À peine un quart d’heure s’était-il écoulé qu’un des policiers surveillant la façade où se trouvait le bureau vint les déranger dans leur demi-somnolence et leur demanda de l’aider à fermer les volets des portes-fenêtres de la pièce ; d’où il était, malgré les doubles rideaux tirés, il pouvait voir les ombres des occupants lorsqu’ils se déplaçaient ; cela en faisait des cibles idéales pour un tireur embusqué. Michel remercia le gardien de leur avoir signalé ce détail qui pouvait avoir beaucoup d’importance et lui dit de reprendre sa garde ; il irait lui même fermer les volets et conseillerait même au comte de s’enfermer à clé.

 

 

                                                                                                       A suivre

 

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