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Albert était presque arrivé à la grande descente ; il pédala pour maintenir sa vitesse. Dans quelques minutes il aurait la réponse d’Yvon, c’était dans la poche, il en avait la quasi-certitude. Avec Yvon dans son équipe c’était du sûr. Il en était à se demander si, après avoir été élu maire, il opterait pour le Conseil Général ou la Chambre des Députés. En tout cas s’il était inimaginable d’aller jusqu’à la Présidence de la République, le Sénat était encore dans le domaine du possible. Le vélo prenait de la vitesse. Albert, toujours dans ses fantasmes politiques, serra la poignée du frein arrière, ce qui ralentit l’allure, mais quelques mètres après il y eut une accélération qui l’obligea à freiner de nouveau. Cette fois il serra les deux freins. Le vélo ralentit très peu et reprit même de la vitesse. Il insista sans obtenir le résultat escompté. Il sentit que les poignées de freins ne répondaient plus. Ce devait être parce que les câbles avaient lâché. « Mais, pensa-t-il, ce ne peut pas être les deux câbles à la fois qui sont cassés. Bon sang, je vais trop vite ! Je vais freiner en posant les pieds sur le sol. Merde, je n’y arrive pas et si j’insiste je vais me casser la figure ! Pourvu qu’il n’y ait pas de voitures au croisement ! Je vais essayer de ralentir en mettant un pied sur la roue avant. »

 

Il jeta un œil sur la roue avant et constata que la manœuvre était impossible à cause du garde-boue. Et sur le garde-boue il vit le mécanisme du frein : la vis qui aurait dû maintenir le câble, sous l’effet des vibrations, sortait de son logement. Il se pencha pour la resserrer. Il n’en eut pas le temps, car la vis tomba sur la route. Lorsqu’il releva la tête il aperçut le port devant lui. La Phenix dévalait la rue à toute allure. Aucune voiture ne passa au carrefour. L’homme et sa monture foncèrent sur le quai. Albert pensa que cela allait se terminer par un bain forcé au bout du quai. Alors il paniqua : il ne savait pas nager ! Il eut le temps de voir Yvon accoudé à la passerelle de la Mireille. Cette vision le rassura : Yvon irait le sauver ! Mais il n’eut pas le temps de voir le filin entre la Mireille et une bitte d’amarrage. Lorsque le vélo le heurta il était tendu par le mouvement du bateau.

 

Yvon, du haut de la passerelle, vit une bicyclette noire se cabrer et Albert sauter en l’air, la tête en avant, pour retomber, comme une crêpe, sur le dos.

 

                                                                                      A suivre                      

 

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