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5

 

Jean marchait en apparence tranquillement, mais, dans son for intérieur il était impatient. Il respirait à fond pour se calmer. Une légère brise apportait des senteurs d’iode, de varech et de décomposition. Arrivé près du port, il nota une agitation inhabituelle à cette heure de la matinée. Il s’approcha ; les badauds étaient nombreux et accouraient de toute part pour se diriger vers la Mireille. La voiture de la gendarmerie eut quelques difficultés pour rouler au milieu de cette foule et se garer près de celle du médecin qui, déjà, était sur place. Jean réussit péniblement à se faufiler à travers cette masse de curieux. Toutefois, il resta en retrait du premier rang : il voulait ne pas trop se faire remarquer et surtout ne pas être reconnu par Albert si c’était lui l’objet de l’attroupement et qu’il fût encore vivant et surtout conscient. Albert, allongé sur le dos, l’air indifférent et paisible était bien à l’origine de toute cette animation. Lui qui aimait tant les honneurs ne semblait plus les apprécier alors qu’il était le centre d’intérêt. Le médecin, agenouillé à côté du corps, rangea son stéthoscope dans sa poche de veste, se releva et dit quelques mots à l’un des policiers. Les gens qui avaient entendu répercutèrent l’information : « Il est mort ! Fracture du crâne ! »

 

Jean s’éloigna de la foule et se dirigea vers la digue qui menait à l’entrée du bassin portuaire. Il avait besoin de se remettre les idées en place. D’abord, ne penser à rien. Il marcha jusqu’au bout de la jetée et contempla le paysage : devant lui s’étendait le vert bleu de l’océan, animé par les vagues ourlées de dentelles d’écume ; au dessus, quelques cumulus tachaient de blanc le bleu pastel du ciel. Une mouette, qu’il venait de déranger ou qui avait été réveillée par le coup de sirène d’un chalutier quittant la rade, s’envola en criaillant d’indignation. Il la suivit du regard. Elle le survola, passa sur sa droite. Il dut se retourner pour continuer à l’observer. Maintenant elle était au-dessus de la plage, puis elle plana vers la terre. Jean eut alors, devant lui, le village qui du haut de la colline jusqu’au port déployait ses maisons aux tuiles roses. La mouette avait disparu, avalée par l’infini. Jean avait les yeux tournés vers l’endroit où Albert s’était tué. Non, l’endroit où lui, Jean, avait tué Albert. Il se souvenait de l’une de ses prières :

 

« Mon Dieu, je désire me venger, d’après Ta loi ce n’est pas bien. Je vais tout de même essayer de supprimer le premier de ces êtres qui m’ont fait tant de mal. Si je ne réussis pas, dès la première tentative, c’est que Tu ne veux pas que je me venge, alors j’abandonnerai. Sinon j’en tuerai six, autant qu’il a été supprimé de membres de ma famille ! » .

 

Dieu avait donné Son verdict et Jean savait qu’il était autorisé à continuer ses expéditions punitives. Mais il avait tout de même un regret : Albert était passé dans l’autre monde sans savoir pourquoi et qui lui avait offert le billet du voyage sans retour.

 

                                                                                A suivre            

 

 

 

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